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dévorante
pour leur travail et vécu l'une et l'autre dans la
plus grande simplicité, sans jamais rien
dépenser. Suzanne Michaux abandonna le pied-à-terre
qu'elle avait à Versailles pour acheter, avec ses
économies, au 71 de l'avenue de Paris, le petit immeuble
qui fut jadis la maison des Demoiselles d'Honneur de Madame
Elisabeth, sœur du roi Louis XVI. Elle vendit le terrain
à l'arrière, s'installa au second étage
et loua le reste de l'immeuble.
Sa vie prit un tour nouveau, plus paisible, mais elle ne
cessa de penser aux autres. L'une de ses anciennes élèves
des temps héroïques, qui fut de celles qui lui
vouèrent, fidèlement, une grande reconnaissance
jusqu'à sa mort, en témoigne :
« Elle était toujours à l'écoute
des enfants, des jeunes, des malades, des personnes dans
le besoin, des plus démunis et des déracinés.
Elle savait offrir, à chacun, l'aide, le réconfort
et les bons conseils dont il avait besoin, et toujours avec
une grande gentillesse. Elle ne pensait qu'à donner
d'elle-même, notamment aux jeunes en difficulté,
pour qu'ils trouvent du travail, pour qu'ils découvrent
un monde fait d'autre chose que de la violence et de la
misère, pour qu'ils ne désespèrent
pas. Les derniers jours de sa vie, elle réconfortait
encore, régulièrement, un jeune malade du
sida... »
Les forces déclinant, le cercle de
son existence se resserra et les visites s'espacèrent
Elle conserva néanmoins quelques amis : d'anciennes
élèves, d'anciens locataires, un prêtre
âgé avec lequel elle avait des conversations
théologiques longues et animées, une dame
de la paroisse qui lui portait la communion tous les dimanches,
un visiteur de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul...
Un locataire, qu'elle considérait comme un fils,
s'occupait de ses affaires et répondait à
ses exigences croissantes.
Sur la fin, et comme sa santé l'abandonnait,
elle accepta d'aller dans une Maison de retraite. Entre
cette Maison, qu'elle trouvait trop luxueuse, et la clinique
où elle fit plusieurs séjours, elle ne survécut
que six » mois. Elle
s'éteignit en Février 2000, à 92 ans,
et fut inhumée à Versailles au cimetière
Saint-Louis. Elle avait tout prévu, y compris les
textes de la messe de ses funérailles. Elle
avait légué ses biens aux Orphelins d'Auteuil,
à ATD Quart Monde, aux Petits Frères des Pauvres
et à la Société de Saint-Vincent-de-Paul.
Elle avait aussi dressé une liste des personnes qu'elle
aimait, notamment de ses anciennes élèves
demeurées en contact avec elle, pour que chacune
d'elles reçoive une petite somme d'argent.
La Société
de Saint-Vincent-de-Paul a affecté le legs reçu
de Suzanne Michaux à la fondation de l'Association
qui porte maintenant son nom afin qu'elle aide des personnes
modestes, et plus particulièrement des jeunes, à
créer leur propre emploi.
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